Armance et le fils du bouvier Alfred
(poème publié le 25/03/03)

oi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
C'est un damoiseau roux et au doux visage

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
Sa tête est ronde comme un ballon joufflu souriant
Et sa chevelure rouge feu est toute frisée
Hier ma main a joué dans ses boucles
Hier mes lèvres ont flûté sur sa bouche
Qui goûtait le trèfle et la rose

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
Je demeure à plusieurs lieues de Mont-de-Marsan
Et c'est près de l'Adour
Que j'ai vu ruisseler mes amours
Avec le fils du bouvier Alfred

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'ai vu partir ce matin à l'aube
Le bouvier Alfred et son fils
À Saint-Jacques-de-Compostelle
Ils vont tous deux prier ensemble
Au pied du tombeau du saint apôtre
Mon bien-aimé m'a dit que sa mère souffre de la gravelle

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
Un peu avant que le soleil ne se lève
Sur le bout des pieds et à pas de lynx
Je me suis rendue à demi vêtue
Près de la couche du fils du bouvier Alfred
Je lui ai dit de me serrer très très fort
Car je désirais que l'Adour
Se souvienne de nos amours

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
Je me suis offerte au fils du bouvier Alfred
Dans cette nuit chaude et étoilée
Comme une orchidée
Je me suis étendue nue près de lui sur sa couche
Qui sentait la paille fraîche et le foin sec
Sa main a joué dans mes boucles
Ses lèvres ont flûté sur ma bouche
Qui goûtait le jasmin et la cannelle

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
C'est un damoiseau roux et au doux visage
Son corps est aussi souple et langoureux qu'une loutre
Il est parti tôt au petit matin
À Saint-Jacques-de-Compostelle avec son paternel
Prier pour sa mère qui se meurt de la gravelle

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
Qui m'a rendue près de l'Adour demoiselle
Je ne suis plus pucelle
Je ne suis plus oiselle
Et je sais maintenant ce qu'est l'amour

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
Il m'a prise au petit matin sur sa couche
Couverte de paille fraîche, de mil et de luzerne
Il me fit sa mie chérie
Son amie pour la vie
Reviendra-t-il de Compostelle
En passant encore près de l'Adour
Au pays des Landes et au pays de nos amours?

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
J'attendrai toujours son retour
Où l'Adour a chanté nos amours
Mais si de sa belle Armance il n'a plus souvenance
De peine et de souffrance vais-je en mourir?

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
Mon coeur pleure sa joie
Et mes lèvres rient sa peine
Reviendra-t-il un beau jour
Près de l'Adour serrer très très fort
Le corps de sa belle demoiselle Armance encore?
Sa mie chérie?
Son amie pour la vie?

Moi, Armance, la fille du seigneur du village
J'aime le fils du bouvier Alfred
C'est un damoiseau roux et au doux visage

(À la mémoire de mon vieil ami Maurice Descotes,
décédé à l'âge de 77 ans le 2 septembre 2000,
professeur de littérature française aux universités
McGill (Montréal) et Pau. M. Descotes m'avait demandé
en 1983 la permission de lire cette ballade médiévale
en pays des Landes à ses collègues et ses étudiants/tes)

© Guy Rancourt
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